Fertilité masculine : ce que nos spermatozoïdes nous racontent
Alimentation, inflammation, chaleur, micronutriments et mode de vie : comment prendre soin de sa fertilité avant une conception
Lorsque l’on parle de désir d’enfant et de fertilité, l’attention se porte encore très souvent sur la femme, son cycle et son ovulation.
Pourtant, concevoir un enfant se fait à deux.
La qualité du sperme constitue une partie essentielle de la fertilité du couple. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les spermatozoïdes ne sont pas produits une fois pour toutes : leur fabrication est un processus continu, influencé par l’âge, l’état de santé, l’alimentation, le stress oxydatif, la chaleur et différents facteurs environnementaux.
C’est une bonne nouvelle : prendre soin de son terrain plusieurs mois avant une conception peut avoir du sens.
La fertilité masculine a évolué
Depuis plusieurs décennies, différentes études observent une diminution de certains paramètres spermatiques dans plusieurs populations masculines.
La fertilité masculine ne dépend cependant pas uniquement du nombre de spermatozoïdes.
Lors d’un spermogramme, différents paramètres sont notamment évalués :
la concentration des spermatozoïdes ;
leur nombre total ;
leur mobilité ;
leur morphologie ;
le volume de l’éjaculat ;
ainsi que différents paramètres complémentaires selon la situation.
Un spermatozoïde doit en effet être produit en quantité suffisante, mais également être capable de se déplacer et présenter une morphologie compatible avec la fécondation.
Trois mois pour préparer le terrain
La spermatogenèse – le processus permettant de fabriquer les spermatozoïdes – prend plusieurs semaines. À cela s’ajoute encore une période de maturation.
Lorsque l’on souhaite agir sur l'hygiène de vie avant une conception, il est donc intéressant de raisonner sur environ trois mois, plutôt que seulement quelques jours avant la période fertile de la partenaire.
L'alimentation et les habitudes quotidiennes peuvent ainsi être travaillées en amont.
Le spermatozoïde est particulièrement sensible au stress oxydatif
Les spermatozoïdes sont vulnérables au stress oxydatif.
En quantité physiologique, les espèces réactives de l'oxygène participent à certaines fonctions normales du spermatozoïde. Mais lorsqu’elles deviennent excessives et dépassent les capacités antioxydantes de l’organisme, elles peuvent endommager les membranes cellulaires et l’ADN spermatique.
C’est pourquoi l’équilibre entre inflammation, stress oxydatif et systèmes antioxydants constitue un axe important de la santé reproductive masculine.
L’assiette comme première étape
Il n’existe pas un « régime fertilité » unique.
En revanche, une alimentation de type méditerranéen constitue une excellente base : beaucoup de légumes colorés, fruits en quantité raisonnable, légumineuses, noix et graines, huile d’olive, poissons, céréales peu raffinées selon la tolérance et suffisamment de protéines.
L’objectif est notamment d’apporter naturellement des antioxydants, des polyphénols, des vitamines, des minéraux et de bonnes graisses.
À l’inverse, une consommation importante de produits ultra-transformés, sucres ajoutés, fritures et graisses de mauvaise qualité mérite d’être limitée.
Oméga-3 : des graisses particulièrement intéressantes
Les membranes des spermatozoïdes contiennent une proportion importante d’acides gras polyinsaturés.
Les oméga-3, notamment EPA et DHA, présentent donc un intérêt particulier dans l’alimentation de l’homme souhaitant concevoir.
On peut favoriser régulièrement les poissons gras – sardines, maquereau, hareng ou saumon – ainsi que certaines sources végétales d’oméga-3 comme les noix, graines de lin et graines de chia.
Les sources végétales apportent principalement de l’ALA, alors que les poissons apportent directement EPA et DHA.
Zinc et sélénium : deux micronutriments à surveiller
Le zinc intervient dans de nombreuses fonctions liées à la reproduction masculine.
On le retrouve notamment dans les huîtres et fruits de mer, la viande, les œufs, les graines de courge, les noix et les légumineuses.
Le sélénium participe notamment aux systèmes antioxydants de l’organisme et à la physiologie spermatique.
Poissons, œufs, viande, fruits de mer et certaines noix en apportent.
L'objectif n'est cependant pas de multiplier les compléments à fortes doses. En particulier, un excès de sélénium peut devenir toxique.
L'alimentation reste donc la première base, et une supplémentation peut être individualisée lorsqu’elle est réellement nécessaire.
Folates, vitamines B12, C, E et autres antioxydants
La fabrication des cellules et la synthèse de l’ADN nécessitent également différents micronutriments.
Les folates (vitamine B9) sont notamment présents dans les légumes verts, légumineuses, brocoli, avocat et différentes graines.
La vitamine B12 provient principalement des aliments d’origine animale ou d’aliments enrichis.
Les vitamines C et E participent quant à elles aux défenses antioxydantes.
Une assiette très colorée constitue finalement l'une des stratégies les plus simples : légumes verts, rouges, orange et violets apportent des familles différentes de composés protecteurs.
Attention à la chaleur
Les testicules se trouvent à l’extérieur du corps pour une raison : la production des spermatozoïdes nécessite une température légèrement inférieure à la température corporelle.
Une exposition répétée ou prolongée à une chaleur importante peut perturber temporairement certains paramètres spermatiques.
Lorsqu’un homme souhaite optimiser sa fertilité, il peut donc être intéressant d’éviter les expositions thermiques excessives et répétées : bains très chauds, jacuzzi ou sauna très fréquent, par exemple.
Ordinateur sur les genoux : une habitude à changer
Travailler pendant plusieurs heures avec un ordinateur portable directement posé sur les cuisses peut augmenter localement la température autour du scrotum.
Une mesure toute simple consiste donc à poser l’ordinateur sur une table plutôt que directement sur les genoux.
Cela ne demande aucun complément alimentaire et ne coûte rien.
Et le téléphone dans la poche ?
La question du téléphone portable et de la fertilité masculine fait l’objet de recherches.
Certaines études expérimentales et observationnelles suggèrent des associations possibles entre certaines expositions aux radiofréquences et des paramètres spermatiques, mais les données ne permettent pas d’affirmer simplement qu’un téléphone dans la poche provoque une infertilité.
En revanche, dans une démarche de précaution très simple, il est facile d’éviter de conserver inutilement son téléphone contre les testicules pendant toute la journée.
On peut le mettre dans une veste, un sac ou simplement le poser lorsqu’on ne l’utilise pas.
La varicocèle : ne pas passer à côté
Une varicocèle correspond à une dilatation des veines autour du testicule, le plus souvent à gauche.
Elle peut augmenter la température locale et être associée chez certains hommes à une altération de la fonction testiculaire et de certains paramètres spermatiques.
Elle peut parfois être asymptomatique, mais également provoquer une sensation de lourdeur, une gêne ou une douleur.
Lorsqu’un spermogramme est perturbé, qu’il existe une gêne testiculaire ou une difficulté à concevoir, la recherche d’une varicocèle fait partie des éléments pouvant être évalués médicalement.
Elle ne se traite pas avec des compléments alimentaires : une évaluation par un urologue ou un andrologue est nécessaire pour déterminer sa signification et l’intérêt éventuel d’un traitement.
Tabac : un facteur important à modifier
Le tabac expose l’organisme à de nombreux composés toxiques et augmente le stress oxydatif.
Il est associé à des altérations de plusieurs paramètres spermatiques.
Lors d’un projet de conception, l’arrêt du tabac constitue donc l’une des mesures de mode de vie les plus importantes.
Et cela concerne également le cannabis et les autres substances fumées.
Alcool : moins est préférable
Une consommation importante ou chronique d’alcool peut perturber la fonction reproductive masculine.
Dans une période de préparation à la conception, réduire sa consommation – voire l’éviter pendant quelque temps – permet de limiter un facteur supplémentaire susceptible d’influencer le terrain métabolique et hormonal.
Bouger, mais sans tomber dans les extrêmes
L’activité physique régulière participe à la santé cardiovasculaire, métabolique et hormonale.
Elle contribue également au maintien d’un poids adapté.
Mais comme souvent en physiologie, davantage n’est pas toujours mieux : entraînements excessifs, récupération insuffisante, déficit énergétique important ou utilisation de stéroïdes anabolisants peuvent au contraire perturber la fonction reproductive.
Les stéroïdes anabolisants et la testostérone exogène méritent une attention particulière : ils peuvent diminuer fortement la production de spermatozoïdes.
Le sommeil et le stress comptent aussi
Le système reproducteur ne fonctionne pas indépendamment du reste du corps.
Un sommeil insuffisant, le stress chronique, une alimentation déséquilibrée et certains troubles métaboliques peuvent participer à un environnement moins favorable à la santé reproductive.
Il n’est donc pas nécessaire de chercher immédiatement un complément alimentaire sophistiqué.
Les fondamentaux comptent énormément :
manger correctement, dormir suffisamment, bouger régulièrement, ne pas fumer, limiter l’alcool et éviter la chaleur excessive au niveau testiculaire.
Et les compléments « fertilité homme » ?
Zinc, sélénium, folates, vitamines C et E, coenzyme Q10, L-carnitine ou oméga-3 sont fréquemment présents dans les compléments destinés à la fertilité masculine.
Plusieurs de ces substances ont été étudiées pour leurs effets potentiels sur différents paramètres spermatiques.
Mais améliorer un marqueur biologique ne signifie pas nécessairement augmenter les chances d’obtenir une grossesse ou une naissance.
Plutôt que d'accumuler les antioxydants à fortes doses, il est préférable d'identifier les besoins de la personne et de corriger en priorité son alimentation et son mode de vie.
Fertilité : la femme ne doit pas porter seule la responsabilité
Lorsqu’une grossesse tarde à venir, on commence encore souvent par examiner longuement la femme.
Pourtant, le bilan doit concerner le couple.
Chez l’homme, le spermogramme constitue un examen relativement simple qui apporte déjà de nombreuses informations.
Selon les résultats et le contexte, le médecin peut ensuite proposer d’autres investigations : examen clinique, bilan hormonal, recherche d’une varicocèle, échographie ou autres examens spécialisés.
Et lorsqu’un spermogramme est perturbé, il est souvent nécessaire de le contrôler, car ses paramètres peuvent varier dans le temps.
Trois mois avant la conception : les bons réflexes
Un projet de grossesse peut finalement devenir une période pendant laquelle les deux partenaires préparent leur terrain.
Pour l’homme, cela signifie notamment :
manger quotidiennement des légumes et varier les couleurs, consommer de bonnes sources d’oméga-3, assurer des apports suffisants en zinc, sélénium et vitamines, limiter les aliments ultra-transformés, arrêter le tabac, limiter l’alcool, dormir suffisamment et pratiquer une activité physique régulière.
Et penser à un détail souvent oublié : garder les testicules au frais.
Ordinateur sur une table plutôt que sur les cuisses, éviter les expositions répétées à une chaleur intense et faire évaluer une éventuelle varicocèle lorsqu’il existe des signes ou un spermogramme perturbé.
Car la préparation à une grossesse ne commence pas uniquement avec l’ovulation de la femme.
Elle commence aussi, plusieurs semaines auparavant, avec la fabrication des spermatozoïdes.
Prendre soin de la fertilité masculine, c’est donc prendre soin de l’alimentation, du métabolisme, du sommeil, de l’environnement et du mode de vie – bien avant le jour de la conception.
Cet article est proposé à titre informatif et ne remplace pas un diagnostic ou un suivi médical. En cas de difficulté à concevoir, de douleur ou masse testiculaire, de varicocèle suspectée ou de spermogramme perturbé, une évaluation médicale, urologique ou andrologique est indiquée. Les compléments alimentaires doivent être individualisés et ne remplacent pas le bilan d’une infertilité.











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