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Intestin, sérotonine et GABA : quand notre ventre dialogue avec nos émotions

26 sept.
6 min de lecture

Intestin, sérotonine et GABA : quand notre ventre dialogue avec nos émotions

Stress, nervosité, sommeil, humeur : pourquoi prendre soin de son intestin peut aussi participer à notre équilibre émotionnel

« J’ai l’estomac noué. »

« Cette situation me prend aux tripes. »

« Je le sens dans mon ventre. »

Ces expressions populaires ne sont peut-être pas si anodines.

Notre système digestif et notre cerveau communiquent en permanence par ce que l’on appelle aujourd’hui l’axe intestin-cerveau, ou plus précisément l’axe microbiote-intestin-cerveau.

Cette communication est bidirectionnelle : le cerveau influence notre digestion, mais l’intestin, le microbiote, le système immunitaire et différents métabolites peuvent également transmettre des informations susceptibles d'influencer le fonctionnement cérébral.

Au centre de ces échanges se trouvent notamment deux neurotransmetteurs bien connus : la sérotonine et le GABA.

Et leur fabrication nous ramène à deux familles d’acides aminés : d’un côté le tryptophane, de l’autre la glutamine et le glutamate.

La sérotonine : bien plus que « l’hormone du bonheur »

La sérotonine est souvent surnommée « hormone du bonheur ». En réalité, il s’agit d'un neurotransmetteur impliqué dans de nombreuses fonctions physiologiques.

Elle participe notamment à la régulation de l’humeur, du sommeil, de l’appétit et de la perception de la douleur. Elle intervient également au niveau intestinal, notamment dans la motricité et les sécrétions digestives.

Mais pour fabriquer de la sérotonine, notre organisme a besoin d’une matière première.

Cette matière première est un acide aminé essentiel : le tryptophane.

Du tryptophane à la sérotonine

Le tryptophane doit être apporté par l’alimentation puisque notre organisme ne sait pas le fabriquer.

On le retrouve notamment dans les œufs, poissons, viandes, produits laitiers, légumineuses, graines et fruits à coque.

Le chemin peut être représenté simplement :

Tryptophane

↓

5-HTP

↓

Sérotonine

↓

Mélatonine

Le tryptophane constitue donc le précurseur de la sérotonine. Mais cela ne signifie pas que tout le tryptophane que nous mangeons se transforme automatiquement en sérotonine.

Il peut emprunter différentes voies métaboliques, dont la voie de la kynurénine, particulièrement importante. L’inflammation et le microbiote peuvent notamment influencer le devenir du tryptophane.

La sérotonine de l’intestin ne monte pas directement au cerveau

On entend souvent dire que « 90 % de la sérotonine est fabriquée dans l’intestin, donc notre intestin fabrique notre bonheur ».

La réalité est plus subtile.

Une grande partie de la sérotonine de l’organisme est effectivement produite au niveau intestinal. Mais cette sérotonine périphérique ne traverse pas simplement la barrière hémato-encéphalique pour aller augmenter la sérotonine cérébrale.

L’intestin peut néanmoins communiquer avec le cerveau par de nombreuses autres voies : système nerveux, nerf vague, système immunitaire, métabolites microbiens et métabolisme du tryptophane.

C’est donc bien un dialogue intestin-cerveau, et non un simple tuyau envoyant de la sérotonine du ventre vers le cerveau.

Et le GABA ?

Le GABA – acide gamma-aminobutyrique – joue un rôle très différent.

Il constitue le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central.

On pourrait imaginer le système nerveux avec une pédale d’accélérateur et une pédale de frein.

Le glutamate est l’un des principaux neurotransmetteurs excitateurs : il participe à l'activation neuronale.

Le GABA exerce au contraire une action inhibitrice : il contribue à diminuer l’excitabilité des neurones.

Nous avons besoin des deux.

Le véritable objectif n’est donc pas d’avoir « beaucoup de GABA et peu de glutamate », mais de maintenir un équilibre approprié entre excitation et inhibition.

De la glutamine au GABA

Voici une autre chaîne intéressante :

Glutamine

⇄

Glutamate

↓

GABA

La glutamine peut être transformée en glutamate.

Le glutamate constitue ensuite le précurseur direct du GABA grâce à une enzyme appelée glutamate décarboxylase (GAD).

Cette réaction nécessite notamment la forme active de la vitamine B6, le PLP (pyridoxal-5-phosphate).

On comprend alors que les acides aminés et les micronutriments participent à toute une chaîne de réactions indispensables au fonctionnement du système nerveux.

Pourquoi parle-t-on alors de L-glutamine pour l’intestin ?

Parce que la glutamine possède une autre particularité : elle constitue un substrat énergétique important pour les cellules de la muqueuse intestinale, les entérocytes.

Elle participe au maintien de l’intégrité de la barrière intestinale et des jonctions serrées entre les cellules.

Cela explique pourquoi la L-glutamine est fréquemment évoquée dans les approches nutritionnelles de la muqueuse intestinale.

Mais il faut distinguer deux choses :

la glutamine participe à la physiologie de la barrière intestinale

ne signifie pas

prendre de la L-glutamine augmente automatiquement le GABA cérébral ou traite l’anxiété.

Les essais cliniques sur la supplémentation en glutamine et la perméabilité intestinale donnent d’ailleurs des résultats variables selon les populations et les situations étudiées.

Intestin et émotions : où se fait réellement le lien ?

Le lien devient particulièrement intéressant lorsque l’on regarde l’ensemble du système.

Notre intestin héberge des milliards de microorganismes qui produisent ou modifient de nombreux métabolites.

Le microbiote peut notamment influencer le métabolisme du tryptophane et les voies de la sérotonine et de la kynurénine. Différents neurotransmetteurs ou molécules neuroactives, dont le GABA, le glutamate et la sérotonine, participent également aux communications de l'axe microbiote-intestin-cerveau.

C'est donc un réseau :

Alimentation

↓

Intestin + microbiote

↓

Acides aminés et métabolites

↓

Système immunitaire + nerf vague + circulation

↓

Cerveau

↓

Stress – sommeil – émotions – comportement

Et la communication fonctionne également dans l’autre direction.

Quand le stress commence dans le cerveau… et finit dans le ventre

Nous avons presque tous expérimenté cette relation.

Avant un examen, un entretien ou un événement stressant, certaines personnes ressentent immédiatement des nausées, des crampes intestinales, une accélération du transit ou au contraire une constipation.

Le stress agit sur le système nerveux autonome et l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Le système digestif reçoit ces informations.

Mais lorsque les troubles digestifs deviennent chroniques, les signaux provenant de l'intestin peuvent à leur tour participer au dialogue avec le système nerveux.

C’est pourquoi on parle d’un axe bidirectionnel.

Sérotonine et GABA : deux systèmes complémentaires

On pourrait simplifier leurs rôles ainsi :

Sérotonine : régulation

Elle participe notamment à l’humeur, au sommeil, à l’appétit et à différentes fonctions digestives.

GABA : inhibition

Il contribue à réduire l’excitabilité neuronale et participe à l’équilibre entre activation et freinage du système nerveux.

Ces deux systèmes ne fonctionnent cependant jamais seuls.

Dopamine, noradrénaline, glutamate, hormones du stress, système immunitaire et nombreux autres médiateurs participent simultanément à notre état émotionnel.

C’est pourquoi une dépression, un trouble anxieux ou une insomnie ne peuvent jamais être réduits simplement à « un manque de sérotonine » ou « un manque de GABA ».

L’alimentation peut-elle soutenir ces voies ?

L’objectif n’est pas de manger un aliment dans l’espoir qu’il se transforme directement en sérotonine.

Il s’agit plutôt de fournir à l’organisme les matières premières nécessaires à son fonctionnement.

Pour le tryptophane, on peut varier les sources de protéines : œufs, poissons, volailles, produits laitiers si tolérés, légumineuses, graines et fruits à coque.

Pour les différentes réactions enzymatiques du système nerveux, un apport suffisant en vitamines B, magnésium, zinc, fer et protéines est également important.

Une alimentation diversifiée apporte parallèlement des fibres et polyphénols qui nourrissent l’écosystème intestinal.

Et le microbiote ?

Prendre soin de son microbiote ne consiste pas nécessairement à prendre des probiotiques.

La première nourriture du microbiote se trouve dans notre assiette.

Légumes variés, légumineuses, fruits, graines, noix et différentes sources de fibres permettent de fournir aux bactéries intestinales des substrats qu'elles pourront métaboliser.

La diversité alimentaire favorise également la diversité des apports.

Selon la tolérance individuelle, les aliments fermentés peuvent également trouver leur place dans l'alimentation.

Et la L-glutamine en complément ?

La L-glutamine peut être intéressante dans certaines situations, notamment lorsqu’on souhaite travailler spécifiquement sur la muqueuse et la barrière intestinales.

Les données scientifiques soutiennent son rôle physiologique important pour les entérocytes et les jonctions serrées, mais les bénéfices d'une supplémentation ne sont pas identiques chez toutes les personnes.

Elle doit donc être utilisée pour une indication précise plutôt que comme un « complément anti-stress » universel.

Prendre soin de son ventre pour prendre soin de son équilibre global

L’un des enseignements les plus intéressants de l’axe intestin-cerveau est finalement que nous ne pouvons plus considérer séparément notre digestion et notre système nerveux.

Stress chronique et anxiété peuvent perturber la digestion.

Les troubles digestifs peuvent à leur tour modifier les signaux envoyés au cerveau.

Le microbiote influence le métabolisme du tryptophane.

Le tryptophane constitue le précurseur de la sérotonine.

La glutamine participe à la physiologie de la barrière intestinale et peut être transformée en glutamate.

Et le glutamate est le précurseur direct du GABA.

On peut donc retenir deux chemins :

Tryptophane → 5-HTP → sérotonine → mélatonine

et

Glutamine ⇄ glutamate → GABA

Mais surtout, il faut les replacer dans un système beaucoup plus vaste :

intestin ↔ microbiote ↔ système immunitaire ↔ système nerveux ↔ cerveau.

Nos émotions ne viennent évidemment pas uniquement de notre intestin.

Mais notre ventre et notre cerveau dialoguent en permanence.

Prendre soin de l’un, c’est aussi prendre en considération l’autre.

Cet article est proposé à titre informatif et ne remplace pas un diagnostic ou un traitement médical. Une dépression, un trouble anxieux important ou des troubles persistants du sommeil nécessitent une évaluation médicale adaptée. Les compléments tels que L-glutamine, tryptophane ou 5-HTP doivent être individualisés, notamment en présence de traitements médicamenteux.



 
 
 

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