Périménopause : « Mon corps m'échappe » — comprendre la prise de poids, la fatigue et les changements hormonaux après 40 ans
il y a 5 jours
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Prise de poids, sommeil perturbé, fatigue, ventre qui s'arrondit, émotions plus intenses… Et si, plutôt que de lutter contre notre corps, nous apprenions à comprendre ce qu'il traverse ?
« Je mange comme avant, pourtant je prends du poids. »
« Je dors, mais je me réveille fatiguée. »
« J'ai l'impression de ne plus reconnaître mon corps. »
« Avant, il me suffisait de faire un peu attention pour perdre deux kilos. Aujourd'hui, rien ne bouge. »
Ces phrases, je les entends régulièrement dans mon cabinet de naturopathie. Des femmes actives, souvent entre 40 et 50 ans, qui jonglent entre leur vie professionnelle, leur famille, leurs responsabilités et qui ont soudain l'impression de perdre le contrôle de leur corps.
À 42 ans, je suis moi-même à un âge où ces questions prennent une résonance particulière. Je remarque notamment que mon corps ne réagit plus toujours de la même manière, que le stockage des graisses semble plus facile et leur perte parfois plus difficile.
Ce constat m'amène à m'intéresser encore davantage aux transformations hormonales féminines, mais aussi à la manière dont nous vivons psychologiquement cette période.
Car la périménopause ne se résume pas à une histoire d'œstrogènes qui diminuent. C'est une transition complexe, dans laquelle interviennent plusieurs hormones, notre métabolisme, notre sommeil, notre niveau de stress et notre histoire personnelle.
Et surtout, ce n'est pas une maladie.
1. La périménopause : une transition qui commence parfois bien avant la ménopause
On associe souvent la ménopause à l'arrêt des règles, généralement autour de 50 ans.
Pourtant, les transformations hormonales peuvent commencer plusieurs années auparavant.
La périménopause correspond à cette période de transition pendant laquelle l'activité ovarienne devient progressivement plus irrégulière.
Contrairement à une idée répandue, les hormones ne s'arrêtent pas toutes brutalement.
Au début, les taux d'œstrogènes peuvent même être particulièrement fluctuants, avec des périodes de hausse et de baisse importantes.
La progestérone, quant à elle, peut diminuer plus tôt, notamment lorsque les cycles deviennent moins régulièrement ovulatoires.
Ces variations peuvent s'accompagner de différents changements :
Sommeil plus léger ou réveils nocturnes.
Fatigue inhabituelle.
Irritabilité, anxiété ou sensibilité émotionnelle.
Modification de la répartition des graisses, notamment abdominales.
Cycles menstruels plus courts, plus longs ou irréguliers.
Bouffées de chaleur et sueurs nocturnes.
Modification de la libido.
Toutes les femmes ne vivent pas ces symptômes et leur intensité varie considérablement.
Il est également important de rappeler qu'à 40 ou 42 ans, une prise de poids ou une fatigue ne signifie pas automatiquement que la périménopause a commencé.
2. Les œstrogènes : il n'existe pas une seule hormone féminine
Lorsque nous parlons des œstrogènes, nous les présentons souvent comme une seule hormone.
En réalité, il en existe plusieurs, dont trois principales.
L'estradiol (E2)
C'est l'œstrogène prédominant pendant les années reproductives.
Il intervient notamment dans la régulation du cycle menstruel, la santé osseuse, la fonction vasculaire et la répartition des tissus adipeux.
Pendant la périménopause, sa production devient irrégulière, avant de diminuer durablement après la ménopause.
L'estrone (E1)
L'estrone devient l'œstrogène circulant prédominant après la ménopause.
Elle est notamment produite par la transformation de précurseurs hormonaux dans les tissus périphériques, particulièrement le tissu adipeux.
Cela signifie que le corps conserve une capacité à produire des œstrogènes même lorsque l'activité ovarienne diminue fortement.
L'estriol (E3)
L'estriol est surtout présent en quantité importante pendant la grossesse, lorsqu'il est produit par l'unité fœto-placentaire.
En dehors de la grossesse, ses concentrations sont généralement faibles.
Ces trois œstrogènes n'ont pas exactement les mêmes fonctions ni la même puissance biologique.
La ménopause ne signifie donc pas que le corps cesse de produire toutes les hormones féminines. Il modifie progressivement ses voies de production et son équilibre hormonal.
3. Les surrénales, la DHEA et le tissu adipeux : comment le corps s'adapte
Les ovaires ne sont pas les seuls organes impliqués dans la production hormonale.
Les glandes surrénales, situées au-dessus des reins, produisent notamment de la DHEA et de l'androstènedione, qui peuvent servir de précurseurs à certaines hormones sexuelles.
La DHEA peut être transformée, au fil de plusieurs étapes enzymatiques, en androgènes puis en œstrogènes dans différents tissus.
Le tissu adipeux joue ici un rôle particulier grâce à une enzyme appelée aromatase, capable de transformer certains androgènes en œstrogènes.
Après la ménopause, cette production périphérique devient une source importante d'œstrogènes, principalement sous forme d'estrone.
Le tissu adipeux n'est donc pas simplement une réserve d'énergie. C'est également un tissu endocrinien actif.
Il participe à la régulation hormonale et métabolique, notamment par la production d'adipokines.
Et si les surrénales sont épuisées ?
On entend parfois que les surrénales doivent « prendre le relais » des ovaires et qu'elles risquent de s'épuiser lorsque le stress devient chronique.
Cette explication mérite d'être nuancée.
Les surrénales participent effectivement à la production de précurseurs hormonaux, mais elles ne remplacent pas directement les ovaires. De plus, la notion de « fatigue surrénalienne » n'est pas un diagnostic médical scientifiquement reconnu.
En revanche, le stress chronique peut influencer le sommeil, l'appétit, la régulation du cortisol et les comportements alimentaires.
C'est pourquoi il me paraît essentiel d'intégrer la gestion du stress dans l'accompagnement des femmes en périménopause, sans réduire tous leurs symptômes à un dysfonctionnement des surrénales.
4. Progestérone, testostérone, DHEA et cortisol : un équilibre plus complexe qu'il n'y paraît
La progestérone est principalement produite par le corps jaune après l'ovulation.
Lorsque les ovulations deviennent irrégulières, sa production peut diminuer. Cela contribue à modifier l'équilibre hormonal du cycle et peut influencer certains symptômes, notamment les saignements.
La testostérone, souvent considérée à tort comme exclusivement masculine, est également présente chez la femme.
Elle est produite par les ovaires et les surrénales, ainsi que par conversion périphérique de précurseurs.
Elle joue notamment un rôle dans la fonction sexuelle et participe à la physiologie musculaire et osseuse.
La DHEA est un précurseur hormonal, et non une solution universelle pour retrouver de l'énergie ou ralentir le vieillissement.
Quant au cortisol, il s'agit d'une hormone indispensable à notre adaptation au stress, à la mobilisation de l'énergie et au maintien de nombreuses fonctions physiologiques.
Le cortisol n'est pas notre ennemi. C'est surtout sa régulation, dans un contexte de stress, de sommeil perturbé ou de maladie, qui mérite d'être comprise.
Il n'existe pas une hormone responsable de tous les symptômes de la périménopause. C'est l'interaction entre plusieurs systèmes qui rend cette période si particulière.
5. Pourquoi prend-on plus facilement du poids après 40 ans ?
C'est probablement l'une des questions les plus fréquentes dans mon cabinet.
« Pourquoi est-ce que je prends du ventre alors que je n'ai rien changé ? »
La réponse n'est pas uniquement hormonale.
Avec l'âge, plusieurs phénomènes peuvent se combiner.
La masse musculaire peut progressivement diminuer, particulièrement lorsque l'activité physique est insuffisante. Or, le muscle joue un rôle important dans la dépense énergétique et la régulation du glucose.
La baisse des œstrogènes favorise également une modification de la répartition des graisses, avec une tendance à une accumulation plus abdominale et viscérale.
À cela peuvent s'ajouter des nuits écourtées, un stress important, une activité physique réduite et des changements alimentaires parfois presque imperceptibles.
Le corps peut ainsi stocker différemment, même sans changement spectaculaire sur la balance.
Il faut néanmoins distinguer deux phénomènes : la prise de poids globale, fortement influencée par l'âge et le mode de vie, et la redistribution abdominale des graisses, davantage associée aux transformations hormonales de la ménopause.
Faut-il absolument perdre ces kilos ?
Pas nécessairement.
La santé ne se résume pas à un chiffre sur la balance.
L'évolution du tour de taille, la force musculaire, la qualité du sommeil, les paramètres métaboliques et surtout le bien-être général méritent autant d'attention.
L'objectif n'est pas de retrouver à tout prix son corps de 25 ans, mais de préserver sa santé et de se sentir bien dans celui d'aujourd'hui.
6. Fatigue et sommeil : quand les nuits ne permettent plus de récupérer
Certaines femmes décrivent un changement progressif de leur sommeil.
Elles s'endorment relativement facilement, mais se réveillent à 3 ou 4 heures du matin avec l'impression que leur cerveau ne s'arrête plus.
D'autres ressentent une fatigue persistante malgré des nuits apparemment suffisantes.
Les fluctuations hormonales, les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes et les changements d'humeur peuvent perturber le sommeil.
Mais d'autres causes doivent également être envisagées : carence martiale, troubles thyroïdiens, apnée du sommeil, surcharge mentale ou troubles de l'humeur, par exemple.
Une fatigue persistante ne doit donc pas être automatiquement attribuée à la périménopause.
Dans ma pratique, je m'intéresse particulièrement au rythme quotidien, à la récupération, à l'alimentation et aux facteurs qui entretiennent les réveils nocturnes.
Car mieux dormir peut aussi aider à mieux réguler l'appétit, l'énergie et la capacité à pratiquer une activité physique.
7. « Mon corps m'échappe » : l'impact psychologique d'une transition encore trop jugée
Au-delà des symptômes physiques, il existe une dimension dont on parle encore trop peu : le regard que les femmes portent sur leur propre corps.
Notre société valorise la jeunesse, la minceur, la performance et la capacité à tout gérer.
Les médias et les réseaux sociaux multiplient les conseils pour « retrouver son ventre plat », « rééquilibrer ses hormones » ou « lutter contre le vieillissement ».
Même les discours sur le bien-être peuvent devenir de nouvelles injonctions.
Il faudrait manger parfaitement, dormir huit heures, méditer, faire du sport, ne jamais stresser et conserver une silhouette identique à celle de ses 30 ans.
À ces pressions s'ajoutent parfois les remarques de l'entourage, du conjoint ou des proches, même lorsqu'elles ne sont pas intentionnellement blessantes.
J'aimerais ici faire une place à la réflexion de la psychologue et diététicienne Laurence Haurat, dont l'approche invite à questionner les injonctions autour du poids et de l'image corporelle.
Et si nous arrêtions de considérer chaque transformation corporelle comme un problème à corriger ?
Le corps féminin traverse plusieurs grandes étapes physiologiques : puberté, grossesse pour certaines, post-partum, périménopause, ménopause.
Pourquoi faudrait-il qu'il reste identique tout au long de la vie ?
Accepter le changement ne signifie pas renoncer à prendre soin de soi.
Cela signifie peut-être apprendre à le faire autrement, avec moins de jugement et davantage de respect.
8. Accompagner naturellement la périménopause : retrouver des ressources plutôt que multiplier les contraintes
En naturopathie, mon objectif n'est pas de promettre de rétablir artificiellement un équilibre hormonal idéal.
Je cherche plutôt à comprendre comment chaque femme vit cette transition, quels sont ses symptômes prioritaires et quelles mesures peuvent réellement améliorer son quotidien.
Une alimentation qui soutient le métabolisme
Plutôt que de multiplier les régimes restrictifs, je privilégie une alimentation suffisamment nourrissante, riche en protéines adaptées aux besoins, en fibres, en légumes, en légumineuses et en bonnes sources de lipides.
Les aliments contenant des phytoœstrogènes, comme le soja, peuvent trouver leur place dans une alimentation équilibrée, sans être considérés comme un substitut direct aux hormones ovariennes.
La régularité des repas, la satiété et le plaisir alimentaire sont également importants.
Préserver la masse musculaire
Le renforcement musculaire devient particulièrement intéressant avec l'avancée en âge.
Il contribue à maintenir la force, la santé osseuse et les capacités fonctionnelles.
La marche, la danse, le yoga et les activités d'endurance peuvent compléter cette approche.
L'essentiel est de trouver une activité que l'on aime suffisamment pour la pratiquer durablement.
Soutenir le sommeil et le système nerveux
La sophrologie, la respiration lente, les pratiques de relaxation et certains exercices corporels peuvent aider à réduire la tension et à améliorer le vécu du stress.
Dans mon cabinet, j'intègre également, selon les besoins, des approches manuelles comme la thérapie craniosacrale et le travail fascial, dans une démarche de détente et de confort.
Ces méthodes ne remplacent pas les traitements médicaux des symptômes ménopausiques, mais peuvent participer à un accompagnement global du bien-être.
La phytothérapie : une approche individualisée
Certaines plantes sont traditionnellement utilisées pour accompagner les troubles du sommeil, la nervosité ou certains symptômes de la transition ménopausique.
La mélisse, la passiflore ou la sauge, par exemple, peuvent être envisagées selon les indications et les précautions propres à chacune.
Leur efficacité varie selon les symptômes et les préparations, et les données scientifiques restent parfois limitées.
Les compléments hormonaux comme la DHEA ou les préparations dites « bio-identiques » ne devraient pas être utilisés en automédication.
En présence de symptômes importants, les options médicales, notamment le traitement hormonal de la ménopause lorsqu'il est indiqué, méritent également d'être discutées avec un professionnel de santé.
9. Et si cette période était aussi une forme de liberté ?
On parle beaucoup des pertes associées à la ménopause.
La perte de fertilité, la perte de jeunesse, la perte d'énergie ou encore la perte d'un corps que l'on connaissait.
Mais ce récit ne correspond pas à toutes les femmes.
Certaines découvrent au contraire une nouvelle liberté.
Elles ressentent moins le besoin de répondre aux attentes des autres, osent davantage poser leurs limites et prennent plus de place dans leur propre vie.
Certaines vivent aussi une sexualité plus libre ou plus épanouie, même si d'autres rencontrent des difficultés qui méritent d'être accompagnées.
La périménopause peut être inconfortable, déstabilisante, parfois éprouvante. Mais elle n'est pas nécessairement synonyme de déclin.
Elle peut aussi devenir une période où l'on apprend à mieux écouter ses besoins.
À 42 ans, je trouve cette réflexion particulièrement importante.
Je ne souhaite pas considérer chaque changement de mon corps comme une défaillance à corriger.
Je préfère essayer de comprendre ce qui évolue, préserver ce qui me fait du bien et accepter que mes besoins d'aujourd'hui ne soient plus exactement ceux d'hier.
10. Prendre soin de soi, sans chercher à tout contrôler
Si je devais retenir une idée de cette période, ce serait celle-ci :
Nous n'avons pas besoin de contrôler chaque transformation de notre corps pour continuer à nous sentir bien.
Nous pouvons agir sur notre sommeil, notre alimentation, notre mouvement, notre récupération et notre rapport au stress.
Nous pouvons également demander de l'aide lorsque les symptômes deviennent difficiles à vivre.
Mais nous pouvons surtout nous autoriser à évoluer.
La périménopause n'est pas une bataille contre son corps.
C'est une transition qui mérite d'être comprise, accompagnée et vécue avec davantage de bienveillance.
Et si, plutôt que de chercher à retrouver la femme que nous étions à 30 ans, nous apprenions à découvrir celle que nous devenons ?
Un accompagnement individualisé en naturopathie
Dans mon cabinet Love Yourself Naturopathie, à Berne et à La Chaux-de-Fonds, j'accompagne les femmes qui souhaitent mieux comprendre les changements liés à la périménopause et à la ménopause.
Mon approche associe la naturopathie MTE, les conseils nutritionnels, la phytothérapie lorsque celle-ci est adaptée, la gestion du stress et les thérapies corporelles.
Chaque accompagnement est individualisé, en complément du suivi gynécologique ou médical lorsque nécessaire.
Prendre soin de soi ne devrait jamais devenir une injonction supplémentaire.
Gaëlle Tipaka — Naturopathe MTE, diplôme fédéral suisse











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